EXPOSITION ”GUČA” de MILOMIR KOVAČEVIĆ STRAŠNI

Expo | Guča | Milomir Kovacevic Strašni!

Avant la guerre, les photographes de Yougoslavie se réunissaient tous les ans dans différents endroits du pays. En 1990, la rencontre avait lieu à Čačak, la ville la plus proche de Guča. Contraint de rester à Sarajevo pour des raisons professionnelles, Milomir ne s’y rend pas, mais, durant des années, il regrette ce rendez-vous manqué avec le grand rassemblement des trompettistes.

guca

Deux ans après, la guerre éclate. Milomir s’exile à Paris et, en ces temps troublés, rien ne paraît plus illusoire que de pouvoir y aller un jour. Cependant, au printemps 2002, au cours de sa pre- mière visite à Belgrade après la guerre, la rencontre avec Dačo va changer la donne. Dačo est le jeune proprio de l’un des bistrots belgradois les plus fréquentés à l’époque ; son grand-père était le premier à avoir ouvert un restaurant à Guča. Les bistrots, la musique, la fête, Dačo s’y connaît et propose à Milomir de venir au Festival et d’être son invité sur place. Le désir de voir Guča ressurgit.

Les temps sont durs, il n’est pas facile d’obtenir le visa pour la Serbie, l’argent ne coule pas à flots et la routine reprend son cours. Le projet de voyage tombe peu à peu dans l’oubli… Jusqu’à ce qu’un jour, quelques mois après, le téléphone sonne. « Alors, tu viens ? Allez, on t’attend !!! » s’écrie Dačo à l’autre bout du fil. En l’espace d’une seule journée, une série d’évè- nements inattendus – une autorisation exceptionnelle du consulat serbe, un billet d’avion à cré- dit chez le voyagiste bosniaque rue Oberkampf – finit par rendre le départ possible.

On est fin août 2002 et Milomir arrive à Guča pour la première fois de sa vie. On dort à trente dans un grenier avec la bande de Dačo, on carbure à la bière et à l’eau de vie et on apprécie le son de la trompette qui vous accompagne du matin au soir. Milomir plonge instantanément dans l’ambiance du Festival.

Il effectue ses premiers pas sur les marches du paradis de chaque photographe : ici, les gens sont heureux de se faire prendre en photo. Quand ils ne posent pas, ils se laissent simple- ment guider par leur propre reflet dans l’objectif de l’appareil ou n’y font tout simplement pas attention. Loin de protestations ou de regards obliques auxquels on finit par s’habituer dans les grandes villes, Guča semble être peuplé de personnes désireuses d’offrir au photographe ce qu’il recherche.

De son côté, le photographe ne cache rien, et ne cherche surtout pas à embellir la réalité. Il capte tout, l’énergie incroyable que procure la musique, la vivacité des émotions qu’elle sus- cite sans oublier l’effort titanesque qu’elle exige des trompettistes. A travers la musique, Guča devient un pur condensé de vie humaine : les éclats de trompettes rythment des battements de cœur, les élans d’amour s’en donnent à cœur joie au son de vieux accordéons, le crissement de cordes de quelques violons défraîchis réveille les plaies encore mal cicatrisées.

 

Et ce rythme incessant, on le sent battre à travers les photos de Milomir tant elles sont puissantes et chargées de cette atmosphère propre à Guča. Le regard qu’il pose sur cette ambiance – à la fois pittoresque et mélancolique – rend ses clichés singulièrement authentiques.

Regarder Guča à travers les yeux de Milomir est un privilège qui ne se présente pas tous les jours. C’est nous-même que nous apercevons dans ces photos magnifiques. Nous-mêmes ailleurs et à d’autres époques. Comme si nous y étions, avec le désir de nous y trouver un jour.

par ASJA PROHIĆ de BH info.

About mirzahasanefendic

Née en Bosnie-Herzégovine, dans la vile de Sarajevo, Mirza hasanefendic eu une brillante carrière d'ingénieur, journaliste, écrivain et merveilleux père de famille...
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